DARE DARE - 2017
Je viens de la mer — de la Méditerranée d'abord, ses rochers, ses posidonies, son sel — et d'un autre monde tout aussi fondateur : celui des jeux vidéo, du matériel obsolète, des images corrompues. Céramique, vidéo glitch, textile, installation : je fais cohabiter ces deux territoires d'enfance, en apparence incompatibles, pour inventer des paysages sous-marins spéculatifs où les déchets technologiques se muent en fossiles et les rejets en matière à fiction.
L'empreinte, le bricolage, le glitch : voilà mes outils. Je moule des objets électroniques dans l'argile, je laisse le sel cristalliser, je pousse l'image vidéo jusqu'à la défaillance. L'erreur, l'accident, l'imperfection ne sont pas des ratés mais des ressources — dans l'esprit du sloppy craft, une résistance tranquille aux idéaux de perfection, de propreté et de contrôle qu'imposent les logiques industrielles et commerciales.
Mes installations font se croiser plusieurs mémoires et plusieurs temps — naturels et numériques, anciens et futurs. Face aux crises écologiques et technologiques, elles cherchent moins à documenter le désastre qu'à ouvrir des espaces de réenchantement : des mondes où, malgré tout, ça aurait pu être pire.